#Madagascar : Le Fokontany d’Andasinimiaramila et les déboires de l’enclavement


Il faut entre 2 et 3 heures de marche avant d’arriver auprès du Fokontany d’Andasinimiaramila, cette bourgade de la Commune de Soavinandriana. La Commune, ayant travaillé avec le projet Ecole de citoyenneté avec l’ONG Lalana prépare actuellement la prochaine édition de la séance de dialogue entre citoyens et dirigeants. Ayant priorisé la construction d’un pont comme microprojet communautaire à mettre en œuvre dans le cadre de la mise en application de la formation reçue, les habitants ont prouvé leur volonté de se désenclaver, Rakotoarivelo Mamiarijaona, le Chef du Fokontany le plus isolé de la Commune, nous livre une description du quotidien des habitants de la communauté.

 

HL : Pouvez vous nous présenter le Fokontany Andasinimiaramila ?

 

CFKT : Andasinimiaramila est situé à l’Est de Soavinandriana, le chef lieu de la Commune de Soavinandriana Ambohidratrimoanala. Composé d’une vingtaine de villages épars, il est couvert de forêt. Le relief comporte des montagnes, des plaines ainsi que des vallées, et c’est ce qui motive les gens à s’y installer. Le Fokontany est très enclavé car sur les 14 km qui le sépare de la Commune, plus de la moitié du trajet doit se faire à pieds.

HL : Où en est la population locale ainsi que les services sociaux?

CFKT : Le Fokontany compte 68 toits. Les habitants sont tous des cultivateurs. Outre les cultures vivrières, le Fokontany produit une grande quantité de fruits (banane, canne à sucre, …), dont la vente assure aux riverains une source régulière de revenus. Par ailleurs, le Fokontany dispose d’une EPP mais il n’y a pas de CSB. Il faut se rendre au chef lieu de Commune pour se faire consulter par un médecin. Faute de route, les instituteurs sont des bénévoles (natifs du Fokontany, ndlr) car personne ne veut y aller travailler. L’eau ne nous pose pas de problèmes. L’école est en quelque sorte la capitale du Fokontany, c’est le principal lieu de rencontre et de réunion de la communauté.

HL : Quelles sont les ressources naturelles existantes ?

 

CFKT : Grâce à la forêt, le Fokontany est riche en faune et flore on y retrouve notamment des primates, fosa, sangliers, et différentes espèces d’orchidées. La terre est encore très fertile et ne nécessite pas d’engrais.

HL : Est-ce que vous tirez des revenus de ces ressources naturelles ?

 

CFKT : Non. Sous l’ère du régime Ratsiraka, il était possible d’exploiter la forêt et d’en tirer des revenus, mais depuis l’existence de réglementations, nous nous concentrons sur les plaines et les vallées. Les habitants n’ont pas l’habitude de chasser ni de cueillir les orchidées pour la vente. Si on attrape des sangliers, on les abat et on les mange. Les habitants ignorent la valeur des orchidées, et de toute manière, on est trop éloignés des marchés. En effet, pour se rendre à Soavinandriana, il faut compter au minimum deux heures de marche pour ceux qui sont habitués aux pistes et trois heures ou plus pour les étrangers.

HL : Selon vous, ces ressources naturelles sont-elles compatibles avec la route ? Ou, s’il y avait une route menant vers le Fokontany, ces ressources ne seraient-elles pas en danger ?

CFKT : Je pense que la route ne peut apporter au Fokontany que des avantages sur tous les plans. Sur le plan économique, le Fokontany et la Commune sont tous perdants, car les principaux acheteurs des fruits font la moitié du chemin et achètent les produits à très bas prix pour les revendre ensuite avec un énorme bénéfice. Par exemple, ils achètent 6 unités de bananes à 100 Ariary et les revendent à 200 Ariary les 3 à Ankazondandy (sur la RN3). Sur le plan social, l’exemple sur les instituteurs reflète la réalité. Concernant la préservation de l’environnement, l’ouverture de la route menant à Andasinimiaramila n’aura pas d’impact négatif sur les richesses naturelles, comme c’était le cas pour le chef lieu de la Commune. Et s’il y a risque de pillage, il est tout à fait possible de mettre en place les structures et les organisations locales pour les prévenir. En outre, les responsables techniques et publics, en occurrence le Maire, pourront venir régulièrement constater l’état de la préservation ou de la dégradation de l’environnement sur place.

HL : Mais pourquoi, sur les 9 Fokontany de la Commune, seul Andasinimiaramila ne dispose pas de route ?

 

CFKT : Andasinimiaramila est le dernier Fokontany créé dans la  Commune. L’inexistence de pont sur la rivière d’Andranobe (d’une largeur de 10 mètres environ) constitue le principal blocage de la circulation en période de crue. La nature rocheuse du sol complique aussi les travaux routiers et décourage les riverains. Le Fokontany a programmé la construction de ce pont avec le projet Ecole de Citoyenneté, mais à cause de la crue, les travaux ont été suspendus. Avec ce pont, les charrettes, charriots et brouettes pourront passer, et par extension, la production, ce qui constitue une étape cruciale pour la population locale.

Recueillis par Holy Ralimamy

Tiré du bulletin Fantatro n°2 – Mars 2013

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