#Madagascar : « L’anarchie des taxi-be à Antananarivo est-elle un mal nécessaire ? « 


Dépourvue de structures publiques de transport en commun, la Capitale repose sur des coopératives privées pour assurer le million de déplacements quotidiens des Tananariviens. Près de 4,800 taxi-be se partagent ainsi ce marché ô combien indispensable, mais dont les structures de régulation sont paradoxalement peu efficaces. Première conséquence : une circulation indubitablement chaotique.

Car la circulation à Antananarivo est bien cela : une anarchie sans équivoque, où la loi du véhicule le plus imposant l’emporte bien trop souvent sur le bon sens des conducteurs. S’ils ne sont pas seuls responsables – loin s’en faut -, les taxi-be dépeignent précisément cette anarchie. Véritables modèles d’ineptie, ils s’arrêtent comme bon leur semble – parfois au beau milieu de la route ou dans un tournant – et repartent sans prévenir, dépassent peu importe le nombre de files autorisées et le côté de la route, et provoquent invariablement congestion de la circulation et ire des usagers de la route. Dans une ville où le nombre de panneaux de signalisation est inversement proportionnel au nombre de « nids de poules » – ces exécrables cavités tant redoutées des amortisseurs -, le code de la route est de facto coutumier. Par conséquent, le bon sens et la discipline des conducteurs seraient les premières garanties d’une circulation moins chaotique, un avis que ne semblent pas partager ces conducteurs au service du plus grand nombre.

Les véritables victimes de cette anarchie, cependant, sont incontestablement les passagers qu’ils transportent et pour lesquels ils ne possèdent visiblement que peu de considération. Entassés dans ces cubes sur roues au confort très aléatoire, ceux-ci passent des heures chaque jour à subir leur manque d’organisation. Si le respect du client n’est généralement pas considéré comme étant l’apanage des pays pauvres, les taxi-be d’Antananarivo en sont la parfaite illustration, refusant parfois des passagers lorsque ceux-ci sont à court de monnaie et les transbordant à leur gré d’un véhicule à un autre. Le comble de l’ironie ? Les passagers qui voyagent derrière le taxi-be, accrochés tant bien que mal à une portière à la solidité pour le moins suspecte, mais à qui on aura tout de même demandé de payer le « frais ». A tout cela s’ajoute la quasi-inexistence de standards de sécurité dans ces véhicules, exacerbée par le style de conduite hasardeux de leurs chauffeurs qui saisissent volontiers toute opportunité de faire l’étalage de leurs talents de pilotes. Les passagers sont inévitablement à leur merci, nantis pour seule arme de leur patience et ne disposant, pour ainsi dire, d’aucune mesure de contre-pouvoir.

Ce qui m’amène à me poser la question suivante : lorsqu’un service est véritablement indispensable, est-il normal d’en endurer les caprices sans coup férir ?

Johary Razafindratsita

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