#Madagascar : « Les vôtiry, appelées à disparaître ? »


Des couleurs vives et attrayantes, tirées par deux chevaux robustes, le toit couvert de « sobika », les calèches d’Antananarivo sont plutôt agréables à voir. Elles ont bénéficié d’une remise en état avec de nouvelles peintures par une société sponsor d’un événement auquel leurs propriétaires ont participé en avril dernier.

Sept. C’est le nombre de calèches desservant la Capitale. Elles appartiennent à une seule famille, les descendants de feu Ravoninjatovo, originaire d’Ambohimandroso. Elles ne circulent que sur deux lignes : de Vailafy Isoavina au marché communal de Namontana pour l’approvisionnement de ce dernier en légumes et maraîchers, d’Anosibe à 67Ha où elles sont utilisées par des détaillants en produits vivriers. Etant interdits de circulation le jour dans la ville, leurs exploitants s’arrêtent vers 9 heures du matin.

Interdites de circulation le jour, les calèches commencent à travailler à minuit. Avec comme seul éclairage, une simple lampe à pétrole

Ils sont donc obligés de commencer leur journée très tôt. Zazah, par exemple est déjà à pied d’œuvre à minuit. « Nous travaillons sur la première ligne jusqu’à 4 heures du matin. On peut charger jusqu’à 1,3 tonnes environ : 15 passagers et 400 kg de produits.» Malgré la prolifération d’autres moyens de transport, la calèche semble bien résister : elle a sa clientèle spécifique et le tarif appliqué est à la portée de tous. Zazah précise que « le chiffre d’affaires journalier varie d’un jour à l’autre mais peut s’élever jusqu’à 20 000 Ariary. » Ce père de famille d’ajouter que l’horaire de travail imposé par ce métier lui permet d’avoir d’autres occupations, les activités agricoles.

Secteur artisanal. La calèche, classée dans la catégorie moyen de transport non motorisé arrive malgré tout à satisfaire les besoins des usagers de la ville d’Antananarivo. Pourtant force est de constater que les quelques « entrepreneurs » dans ce domaine ne peuvent que compter sur eux-mêmes et sur leur bonne volonté. L’opérateur fait tourner son entreprise tout seul : fabrication et entretien du véhicule de façon artisanale, achat des chevaux et leur gestion, leurs soins santé (en cas de blessure ou de maladies des chevaux, il ne fait appel au vétérinaire qu’en dernier – mais vraiment en dernier – recours), conduite de l’attelage et opérations de chargement et déchargement des marchandises. Il n’a pas reçu de formation spécifique. Il ne fait que répéter ce que son grand-père a fait avant lui. Pour le cas de Zazah, personne ne lui a obligé d’aller passer son permis de conduire, c’est un choix personnel. Et il a décidé de former à son tour, tant bien que mal, les autres conducteurs en code de la route.

Réglementation minimale ? Les autorités ne peuvent pas dire qu’ils ne connaissent pas l’existence de ces calèches. Pourtant, notre interlocuteur avoue ne pas avoir payé sa patente depuis 5 ans. Et il arrive à circuler librement. « D’ailleurs, apparemment exercer ce métier ne lui impose aucun papier administratif. Ni assurance, ni vignette. Même pas sa carte d’identité.» Cette attitude de tolérance des pouvoirs publics s’appuierait–elle sur la conviction que ce mode de transport est appelé à disparaître progressivement ? Effectivement, sur le plan pécuniaire par exemple, le rapport recettes/dépenses penche lourdement en défaveur de l’entrepreneur. Et le cheval et la charrette coûtent très chers, à l’achat et à l’entretien. Il y a aussi le développement d’autres moyens de transport (motorisé ou non). C’est peut-être vrai dans un sens mais en 1980, quand le bus faisait son entrée dans le paysage de la ville, on a dit que plus personne ne voudrait de ces calèches délabrées. Et pourtant, ces fameuses « vôtiry » sont encore bel et bien là.

Nathalie Rasamison – Ratsima Harinjato

 

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