#Madagascar : « Les transports en commun, la réalité vue d’en face »


Les transports en commun sont les modes de transport le plus courant à Madagascar. Habituellement appelés Taxi Be pour la ville et Taxi-brousse pour la brousse, ils permettent de relier d’un endroit à un autre une large majorité de la population, toutes catégories confondues. Souvent mis à mal par les usagers notamment concernant leur qualité de service, nous souhaitons en savoir un peu plus sur le quotidien de ces professionnels du service public. Aina Rakotoarisoa, le Président de la Coopérative Fifia a accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-vous nous décrire votre coopérative en quelques mots ?

La coopérative FIFIA ou Fikambanana Fitaterana Arivonimamo fête des 45 ans en 2013. Il s’agit d’une coopérative composée d’une ligne suburbaine et quatre régionales. (La ligne suburbaine Tana – Imerintsiatosika ainsi que les lignes régionales : Tana – Arivonomamo, Tana – Soavinandriana, Tana – Tsididy, Tana – Faratsiho). FIFIA se définit comme une coopérative rassemblant des opérateurs partageant une même vision. En effet, hormis du fait qu’il produit une rémunération pour celui qui y investit, il n’en est pas moins un service public qui se doit de répondre à la demande et aux besoins de ce dernier. La coopérative se distingue ainsi par sa qualité de service, ce qui n’inclut pas forcément une hausse de coût par rapport à ses concurrents mais surtout par le partage des valeurs tels le respect et la propreté.

Comment s’effectuent le partage et le respect de ces valeurs ?

Il est important pour nous que nos collaborateurs respectent les voyageurs, qu’ils évitent de dire des gros mots et n’usent pas d’agressivité. Tout se base sur la communication. Tous les jours, nous nous réservons un moment pour partager les anecdotes de la journée passée. Il y a échanges d’idées et des partages d’expériences.

Dans votre coopérative, une voiture peut-elle faire combien d’aller-retour en une journée ?

Pour la zone suburbaine, reliant Tana à Imerintsiatosika, nous effectuons entre 2 et 5 allers-retours en une journée. Pour La ligne régionale reliant la ville à Arivonomamo, nous comptons jusqu’à 3 allers retours dans la journée. Concernant Soavinandriana et Tsiroanomandidy, nous pouvons faire un aller-retour, quant à la ligne reliant la capitale à Manalalondo (Faratsiho) un aller simple se fait en une journée.

La saison la plus faste se situe durant les vacances, grâce aux touristes bien entendu, mais surtout parce que c’est la période du famadihana. Certaines personnes profitent de cette période pour s’approvisionner en ville, notamment parce qu’ils ne travaillent pas la terre et qu’il n’y a pas de productions. Dans une moindre proportion nous comptons parmi nos voyageurs des fonctionnaires (employé du tribunal, …) rejoignant leur lieu de travail.

La sortie de la gare routière provoque des embouteillages monstres au grand dam des automobilistes

Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous faites face dans votre métier ?

La grande partie de notre chiffre d’affaires est englouti par le carburant (jusqu’à 60%) supporté par un frais de transport très bas. Le coût des pièces détachées est également élevé, alors que nous procédons régulièrement à un remplacement des plaquettes de freins ou du filtre à huile sur nos véhicules. Les cas de violation de lignes est assez fréquent dans notre métier, alors que les règles sont strictes, une licence donne le droit uniquement d’aller d’un point à un autre et pas autrement. Ajoutons à cela le nombre de gendarmes et policiers qui nous arrêtent sur notre trajet, réclamant leur « droit de passage ».

Mais un des plus grands problèmes auxquels les conducteurs sont confrontés sont les embouteillages. Les infrastructures routières de la capitale ne sont plus suffisantes pour le nombre de voitures qui y circulent. D’autant plus que le nombre de la population augmente. Il y a près de 4000 Taxi Be qui circulent à Tana. Cela représente à peine un millième du nombre de voitures circulant en ville.

Quelles solutions proposez-vous par rapport à ces problèmes ?

Pour que le rendement soit effectif, il faudrait prévoir une hausse du transport à 700 ar au lieu de 400 ar. Mais bien entendu, cela n’est pas envisageable du côté des usagers. Par ailleurs, il faudrait plus de rigueur de la part des autorités de contrôle notamment en ce qui concerne la violation de ligne. Le respect mutuel entre ceux qui sont quasiment collègues est important.

Concernant les embouteillages, on ne peut pas réduire le nombre de voitures circulant en ville. Toutefois, il est possible de le réguler, de manière à ce que ces voitures ne roulent pas en même temps. Si tout le monde délaissait sa voiture privée pour les transports en commun, cela allégerait déjà la circulation. Certaines entreprises locales investissent déjà dans le transport en commun de leur personnel. En Suisse par exemple, des mesures sont prises pour inciter les gens à prendre l’autobus.

Recueillis par Anjara Ralaiarijaona

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