#Madagascar : « Prendre le bus, une galère quotidienne pour les travailleurs »


Le déplacement urbain est devenu un casse-tête quotidien pour l’écrasante majorité de nos concitoyens : sécurité, retard au travail, pickpockets… En moyenne il faut compter deux heures de trajet en bus par jour. Les longues files d’attente et les mêlées s’imposent à la population active tananarivienne. Et souvent hélas, les travailleurs ne ressentent même pas les conséquences néfastes de cette galère sur leur qualité de vie.

Les bureaux administratifs de l’Etat, la majorité des magasins et des marchés, la plupart des sociétés de services et quelques zones franches sont concentrés à Antananarivo. A cela s’ajoute les écoles qui poussent dans chaque quartier de la ville. La présence de toutes ces infrastructures montre l’importance des activités socioéconomiques dans la Capitale qui va encore s’amplifier de plus en plus vite dans le temps et dans l’espace vu l’explosion démographique.

La queue, les bousculades et l’insécurité font partie du calvaire quotidien des citadins de la Capitale

Les déplacements quotidiens des 30 employés d’une PME située au centre d’Antananarivo dont 77% sont des femmes ont fait l’objet d’une enquête pour savoir si les transports urbains répondent à leurs besoins dans l’accomplissement de leurs tâches quotidiennes. Son bassin d’emploi va de Fenoarivo à l’ouest (Route Nationale 1) et à Ambohimalaza à l’est (Route Nationale 2). Toutes les réponses obtenues ont signalé la défaillance du système de transport commun à Antananarivo et la majorité des personnes enquêtées souhaitent une amélioration de la part de tous les concernés afin d’éviter un chaos généralisé dans un avenir proche.

Pénibilité du trajet. Les enquêtés déplorent le non-respect de l’obligation de certaines lignes qui larguent leurs passagers à mi-chemin sans atteindre le terminus, obligeant ainsi les passagers à prendre un autre bus de la même ligne pour atteindre sa destination finale. Les itinéraires ne sont pas fixes mais peuvent changer en fonction de la volonté du conducteur. Les chauffeurs et les receveurs sont souvent impolis et désagréables vis-à-vis de leurs passagers et feignent d’oublier de rendre la monnaie. Même si les véhicules sont en bon état au début, le manque d’entretien, les années de surcharge et le mauvais état des routes transforment rapidement les véhicules en véritable carcasses qui ternissent l’image de la Capitale, mais surtout mettent en danger la vie des usagers. Les pannes de bus vétustes bouchent la circulation sans compter l’impact de leurs grosses fumées noires sur l’environnement et la santé. Les sièges souvent étroits et de fabrication rudimentaires déchirent les vêtements et blessent les passagers.

Risques d’accident. L’absence d’amélioration des infrastructures de transport et des équipements annexes comme les abribus est pénalisant pour les passagers. De plus, la détérioration et l’étroitesse des rues ralentissent la circulation, causant des embouteillages et augmentent la durée des trajets. Les accidents guettent à tout moment : en descendant du bus les passagers risquent d’être percutés par les autres véhicules car les trottoirs sont évidemment occupés par des voitures en stationnement et par des marchands. En période de pluies, ils risquent même de tomber dans les canaux dont les dalles de couverture ont disparu.

Sentiment d’incertitude. Avec leur faible pouvoir d’achat, la plupart des employés préfère habiter en périphérie où les loyers sont plus abordables. Alors que le temps dépensé quotidiennement par un employé qui habite en centre-ville pour ses déplacements varie de 1h à 1h30, il est de 2h à 3h30 pour ceux qui habitent en périphérie car ils doivent changer de bus pour rallier leur lieu de travail. Cette durée élevée du trajet qui représente en moyenne 44h/employé/mois est principalement due aux embouteillages, et parfois aux pannes des bus. Tous optent pour une journée continue de travail pour éviter les déplacements de midi. Les principaux soucis des employés enquêtés sont la non maîtrise du temps et la sécurité. Nombreux préfèrent partir avant 6h le matin pour être sûrs d’arriver au travail à 7h et quitter le bureau à 16h pour pouvoir retourner au foyer avant 18h le soir. La compréhension positive de la PME enquêtée sur ce problème a permis à chaque employé, surtout les femmes, d’adapter son horaire de travail en fonction de son temps de trajet minimum domicile-travail.

Désorganisation. Le temps passé dans le transport en commun peut nuire au rendement de l’employé : retards, concentration… Il faut soulever aussi que le mauvais fonctionnement du système de transport à Antananarivo cause des impacts négatifs sur la vie de ces employés : la fatigue, le stress et la maladie sans qu’ils ne s’en rendent compte. En plus, ils n’ont plus assez de temps pour se consacrer à leur vie de famille.

Achète une voiture ! Les transports en commun permettent aux gens de se côtoyer et de se lier d’amitié à force de se rencontrer périodiquement dans le même bus le matin et le soir. Cependant, il arrive que des altercations se produisent à cause des incivilités des autres et cela peut parfois même dégénérer en bagarre. Chacun se méfie de son co-voyageur quand le taxi-be est bondé, et à l’arrêt quand une foule se bouscule pour monter. Il faut toujours vérifier ses poches et ses sacs pour savoir si on n’a rien perdu. Des usagers se posent la question : Est-ce parce qu’on est pauvre, qu’on n’aurait pas droit à un minimum de confort, de sécurité et de respect ? Question que l’on n’oserait même pas poser dans le bus au risque de se voir répondre d’un ton insolent par quelques ignorants : « tu n’as qu’à t’acheter ta propre voiture si tu veux être à l’aise ! ».

Nous sommes, sans exception, victimes de la défaillance du secteur du transport en commun que nous y ayons recours ou non, car accidents, pollution, embouteillages et baisse du rendement des travailleurs nous concernent tous. A partir de quel volume de temps de déplacement professionnel les Entreprises doivent considérer le paramètre transport dans la gestion de ses ressources humaines pour s’assurer d’avoir un bon rendement de la part de leur personnel ?

Jessé Randrianarisoa

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