#Madagascar : Un regard sur nos ponts


Les ponts sont des maillons vitaux pour les réseaux routiers. A Madagascar, outre l’état vieillissant des ouvrages, on constate que les ponts subissent les effets combinés d’un incivisme et d’une insuffisance de gestion.

Le réseau routier malgache est ramifié et non maillé, et toute coupure entraîne systématiquement l’enclavement de toute une partie du pays. Sachant que notre réseau comporte en moyenne un pont tous les 5 km, le service qu’il offre dépend donc largement de l’état de nos ponts. La situation actuelle des ponts à Madagascar mérite qu’on leur accorde un regard particulier.

Ouvrages anciens et non adaptés à l’évolution du trafic

Selon les études, un pont métallique a une durée de vie d’un demi-siècle, tandis que le pont en béton armé dure un siècle. La majorité des ouvrages d’art à Madagascar ont été construits durant la période coloniale, ce qui leur donne 90 ans d’âge en moyenne. Ils se trouvent ainsi dans la phase de survie.

Par ailleurs, de nombreux ouvrages de franchissement ne sont plus adaptés au trafic actuel et se trouvent dans l’incapacité d’assurer le confort et la sécurité des usagers. La plupart d’entre eux ont été calculés pour supporter une charge de 15 tonnes alors que les poids lourds en circulation aujourd’hui dépassent largement cette limite. Généralement, les ponts ont été construits avec une seule voie, alors que et avec cette largeur, les conducteurs des véhicules lourds éprouvent des difficultés pour les traverser. Par conséquent, des accidents se produisent très souvent et provoquent des pertes matérielles et humaines. C’est le cas du pont actuellement en service à Ambohimandroso sur la RN7, une des routes nationales les plus fréquentées du pays. On peut constater que la sécurité et le confort des usagers ne sont plus assurés car des accidents mortels s’y produisent régulièrement.

  Le Pont à Ambohimandroso au PK 85 sur la RN7, connu comme le pont meurtrier, était parmi les ponts dynamités pendant la crise de 2002.

En voie de déconstruction

Le manque de civisme constitue un danger pour ces biens publics. En 2002, alors que le pays traversait une crise politique, neufs ponts sur les routes nationales ont été dynamités. Situation qu’on ne voit que dans les pays en guerre.

Mais il n’y a pas que la crise. En 2012, le pont suspendu métallique de type Eiffel dans la ville de Manakara s’est effondré par l’inconscience d’un chauffeur. Un panneau indique que le pont ne peut supporter qu’un poids de 25 tonnes et le chauffeur a osé y engager son véhicule de 60 tonnes. A quelques semaines d’intervalle, le pont de Marivorahona sur la RN6 à Ambilobe, s’est aussi effondré lors du passage d’un camion chargé d’environ 40 tonnes, coupant ainsi l’unique accès routier du nord de Madagascar.

La Capitale a connu le même problème quand le pont d’Ambohimanambola s’est effondré en 2004 sous le passage combiné de deux camions chargés de matériaux.

A part ces cas qui ont été portés à l’attention du public, combien d’autres y en a-t-il sur les routes rurales, loin des témoignages ?

  En zone rurale, on ne peut compter que sur le civisme des usagers pour respecter les ouvrages.

Provisoirement définitif

La reconstruction des ouvrages détruits exige des moyens que nous n’avons pas. Lorsque le gouvernement est conscient du problème causé par l’état de l’ouvrage, il doit convaincre les partenaires financiers pour avoir les fonds nécessaires à la reconstruction. Le pont de la Mahajamba sur la RN6 qui a subi les dégâts des cyclones Indlala en mars 2007 et Yvan en février 2008, n’a pu être reconstruit en 2011 qu’avec l’aide extérieure de l’Union Européenne pour les travaux et de la Banque Mondiale pour le contrôle et la surveillance des travaux. Ceux qui ne figurent pas dans la priorité des financements extérieurs resteront longtemps avec les ouvrages provisoires. C’est le cas du pont à Manakara : un pont Bailey a été installé sur l’endroit pour rétablir la circulation, mais faute de moyens, ce pont Bailey y restera encore. Autre cas sur la RN1, le pont de la Sakay qui se trouve dans une zone stratégique du moyen Ouest. Le pont a été coupé en 2011, non pas à cause des surcharges mais de la vétusté de l’infrastructure. Un pont Bailey a été installé et jusqu’à maintenant la moitié du pont est toujours dans cet état provisoire.

  Depuis trois ans, le pont provisoire de la Sakay sur la RN1 attend sa transformation en ouvrage définitif.

Biens communs ? Tout le monde se sert…

Les ponts comme toutes les infrastructures publiques font partie des biens communs. Mais pour certains, la notion de bien communs prend tout un autre sens. Dans beaucoup de régions, on constate que les gardes fous sont pillés pour faire des alambics, des outillages ou pour d’autres destinations inconnues… Dans les agglomérations, il est commun que les ponts servent de lieux de commerce comme à Mandroseza ou Ampasika à Antananarivo même. Mais la question ultime, en cas d’accident responsable de la destruction d’une partie des ouvrages, l’usager fautif répare-t-il les dégâts ?

Ratsima Harinjato

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