A propos Lalana

ONG malgache de développement spécialisée sur les routes et le transport

Embouteillages monstres : Des solutions simples pour désengorger les artères de la Capitale

Luz Razafimbelo (Midi Madagascar)

Les embouteillages monstres minent la vie quotidienne des Tananariviens. Ils sapent leur organisation, mettent leurs nerfs à rude épreuve tout en polluant l’environnement et en aggravant l’état des routes. La solution est, entre autres, de chercher du côté de la planification urbaine.

Jérôme Chenal. Lors de la « Nuit des Idées 2018 » – consacrée à l’Urbanisme et poétiquement intitulée « Dessine-moi une ville…Utopies réelles pour une ville habitable »-, organisée à l’Institut français de Madagascar (IFM) jeudi 25 janvier dernier, l’intervention aussi bien sarcastique que pertinente d’un jeune architecte et urbaniste suisse fut unanimement appréciée. Jérôme Chenal, car c’est son nom, a époustouflé la salle durant toute sa présentation. Il a entre autres, au fil de sa présentation, présenté des solutions simples pour désengorger les artères d’Antananarivo. Il s’agit de solutions pragmatiques qui n’engagent pas des dépenses budgétaires mirobolantes, souvent prétextées pour expliquer l’état statique de délabrement des routes.

Simples et pragmatiques. Il a ainsi proposé de : « Commencer avec ce qu’il y a et non pas se ruer vers la construction d’infrastructures qui au final, ne servent pas tout à fait l’intérêt des usagers  ». Effectivement, Tana ne pourra être autrement que « comme Tana ». Nous pouvons alors commencer par des choses simples, comme : « Consacrer la nuit pour la réfection des routes – comme cela se fait à Lausanne (Suisse) et non la journée pour générer un trafic supplémentaire, mettre une route en sens unique et une autre à double sens. Instaurer et négliger le respect strict des stationnements. Exiger le civisme dans les transports en commun, notamment de la part des conducteurs : sanctionner réellement ceux qui s’attardent dans les arrêts ou ceux qui embarquent des passagers hors arrêts. Et si cela ne marche vraiment pas, c’est là seulement qu’il faut songer à construire des routes, des rocades, qu’on aime bien en Afrique. » L’assistance ne s’est pas ennuyée une seule seconde en écoutant attentivement comment il a défendu sa conviction : celle de réfléchir dans le bon ordre en matière de planification urbaine. Dans le bon ordre, c’est-à-dire en partant de la base : l’être humain, l’usager qui est censé vivre agréablement dans la ville. Comme le disait si bien Lévi Strauss dans Tristes tropiques : « La ville c’est la chose humaine par excellence. ». Nous en reparlerons

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MOBILITES PENDANT LES PERIODES DES FETES, GALERE POUR LES USAGERS !

Antananarivo est une grande agglomeration où le taux d’accroissement de la population est très elevé (4.6%) par rapport à la moyenne nationale (2.9%). L’évolution de la population entre deux périodes se présente comme suit : 1 689 000 habitants en 2001 , devenu 2 200 000 habitants en 2014 (source wikipedia).

Dans cette urbanisation galoppante, la ville doit faire face à des problèmes de congestion de trafic dû aux infrastructures routières non adaptées à la situation actuelle. En effet, les embouteillages monstres observés partout dans la ville, notamment pendant les périodes de fêtes, montrent cette incapacité des infrastructures routières à faire face aux demandes. Quand tout le monde sort pour faire ses courses avant les fêtes, et se rend visite le jour de l’an, la route, ainsi que le service de transport en commun sont saturés. Pendant cette période, on constate que le réseau routier de la ville n’est plus suffisant face aux besoins de mobilité des Malagasy. Car il faut noter qu’en sus des habitants de la ville et des ses périphéries, bon nombre de commerçants venus des quatre coins de l’île viennent se ravitailler dans la capitale pour tous types d’articles (mode et habillement, téléphonie et nouvelles technologies, articles ménagers, etc).

Les services de transport se trouvent aussi complètement désorganisés pendant les périodes des fêtes : de longues files d’attente se forment aux arrêts des bus car la circulation est bloquée par les embouteillages. Les personnes à mobilité réduite en sont les premières victimes puisqu’ils ne peuvent pas participer aux mêlées. Nombreux sont les bus qui préfèrent éviter les axes où il y a des bouchons importants. Les chauffeurs et les receveurs se mettent d’accord pour rebrousser chemin dès que possible, sans se soucier des passagers qui n’arrivent pas à leurs destinations, et de ceux qui les attendent aux terminus.

En outre, ces bousculades favorisent les vols à la tire, et l’insécurité en général. Les malfaiteurs s’attroupent près de leurs cibles, et passent à l’action aux moindres cohues.

De ces faits, pas mal des gens prefèrent rester à la maison pour se soustraire aux problèmes de mobilité. Heureusement que l’utilisation des NTIC offre une alternative : c’est un bon moyen de se communiquer même si on n’est pas en contact direct. Elle est devenue incontournable pour les jeunes qui la trouvent efficace en permettant de réduire la distance, et d’économiser du temps et même de l’argent. Les appels téléphoniques, sms, messages sur face book, sont moins couteux que le coût des transports pour se déplacer chez les proches. Il y a également la durée des trajets qui est épargnée.

Malgré tout, rien ne vaut le contact direct chez les Malagasy : c’est plus convivial et chaleureux. Il entretient la cohésion familiale, et chaque membre de la famille apprécie ce moment privilégié pour se rencontrer, pour renforcer les liens familiaux. C’est une occasion pour les femmes de palabrer, pour les hommes de boire un coup, et pour les jeunes et les enfants de se retrouver, avec des brochettes-party et divers jeux et animations.

Il n’y a pas que les transports urbains et suburbains qui profitent les usagers pendant les fêtes, les coopératives de transport national augmentent aussi leurs tarifs en cette période, et cela peut passer du simple au double. Par exemple, si le frais de transport est de 10 000ar en temps normal pour la ligne Antsirabe- Antananarivo, il devient 20 000ar pendant les vacances de noël, car il est difficile d’avoir une place disponible, et en outre, les coopératives n’acceptent plus les réservations. Cette ligne n’est pas la seule à réagir de la sorte, presque toutes les coopératives de transport adoptent ce système durant les fêtes de fin d’année.

Même en temps normal, on observe souvent de nombreux cas de transgression de cahier des charges par les transporteurs urbains. N’est-il pas temps de faire respecter les lois en vigueur pour améliorer les services de transport ? Tous les usagers de la route y trouveront leur compte : les transporteurs, les écoliers et étudiants, les travailleurs et particuliers, ainsi que les voitures légères et autres véhicules.

Durant l’accueil de la francophonie, il a été démontré qu’il est tout à fait possible de réduire considérablement l’ampleur des embouteillages dans la ville. La question se pose alors : pourquoi ne pas continuer l’effort dans ce sens ?

Razanaboaharimanana Ferdinand

Les infrastructures peu fiables mises à nues

Le cyclone AVA a provoqué bien des dégâts dans presque toutes les parties de l’ile. Mais plus encore, la médiocrité et le faible degré de fiabilité de nos infrastructures, ont été démontré par le cyclone. Le pont Bailey de Vohiposa a été inondé puis emporté par les eaux durant la crue provoquée par les pluies lors du passage du cyclone AVA. Pour rappel, le pont Vohiposa située au PK 326+850 entre le Camp Robin et Ambohimahasoa s’est effondré au mois de septembre dernier après le passage d’une semi-remorque surchargée. Les réparations ont été effectuées grâce à l’intervention et le financement de l’Union Européenne à Madagascar et ont été achevées au mois de septembre même. Cependant, voici que moins de six mois après, le nouveau pont a été emporté et empêche à nouveau la circulation sur la route nationale 7 (RN7). Sur cette liste des infrastructures peu fiables se trouve aussi la digue de Soavina dans la capitale. Cette digue ainsi que le barrage de la rivière Sisaony avaient déjà cédé en 2015 suite à de fortes pluies et des inondations dans toute la ville d’Antananarivo. Le même schéma s’est reproduit dans la nuit du dimanche 7 janvier 2018. Plusieurs hectares de rizières se trouvent maintenant sous les eaux. Les quartiers environnant sont également inondés à cause de cette rupture de la digue. Les localités en contrebas de la rivière sont sous la menace d’inondation et certains habitants d’Itaosy ont été sommés de quitter leurs habitations hier dans la nuit. La montée du niveau des cours d’eaux dans la capitale étant prévu continuer dans les prochains jours, les responsables au niveau de la Commune de Soavina ont appelé à la prise de conscience des autorités face à cette nouvelle catastrophe. Insistant sur le fait qu’il faudrait dorénavant des réparations dans les normes et pouvant supporter les intempéries.

Profiteurs

Ces aléas ont amené certaines personnes à profiter de la situation. En effet, du côté de Soavina, les évacuations se sont monnayées jusqu’à 6 000 Ariary selon certains riverains, que ce soit pour des personnes ou pour des biens laissés dans les habitations inondées. Sur certaines portions de routes coupées par les inondations, les riverains ont également décidé d’aider les véhicules à traverser moyennant finance. A titre d’exemple, sur la RN7 au niveau d’Ampitatafika Antsirabe, il semblerait que les véhicules se font guider à travers les flots pour 10 000 Ariary. Dans certaines localités desservies par des routes nationales en très mauvais état, les transporteurs ont décidé d’observer des arrêts tandis que d’autres ont tout simplement décidé d’augmenter de deux, voire trois fois les frais de transport. Face à tout cela, les prises de responsabilités et les actions de l’Exécutif qui semble jusque-là débordé sont très attendues dans la Grande ile, autant dans les autres régions que dans la capitale. Mis à part l’acheminement de dons constitués de quelques vivres et produits de premières nécessités, la population attend des réponses qui pourront éviter un même scénario lors du prochain cyclone à venir.

Projet LAMINA : Vers l’institutionnalisation du respect des droits des PSH

Projet LAMINA : Vers l’institutionnalisation du respect des droits des PSH

Permettre aux personnes en situation de handicap et celles à mobilité réduite de jouir pleinement de leur droit…au transport public, tel a toujours été  un défi fixé par le projet Lamina. 

Voyager dignement, prendre un véhicule de transport en commun comme tout le monde, telles sont les choses auxquelles toutes les personnes en situation de handicap (PSH) et celles à Mobilité réduite (PMR) ne peuvent pas jouir. Une situation qui les prive de leurs droits fondamentaux, ce malgré les quelques changements de comportement observés chez certains conducteurs. Ces derniers qui sont considérés comme ayant pris conscience des droits foulés au pied. Le lancement du concours “Transporteurs amis des PSH«  entre dans le cadre de ce souci du respect des droits des personnes en situation de handicap et à mobilité réduite. Entrant dans le cadre de la mise en oeuvre du projet “LAMINA ou Lalanjotra Miaty ny Namana”, le concours entend “ encourager les opérateurs des transports en commun pour quils adoptent un comportement envers les PSH et les PMR au quotidien .

Implication. Faire en sorte que les institutions liées au domaine du transport, de la sécurité et de la gestion de la circulation (le Ministère du Transport et de la Météorologie –le Ministère de la Population, de la Protection Sociale et de la Promotion Féminine–le Service de transport auprès de la Commune Urbaine d’Antananarivo -le Service des relations publiques et du suivi-évaluation la DGSR –la Police Nationale –l’UCTS–l’UCTU–la Direction des Infrastructures et Normes de l’Agence Terrestre du Transport–et la FMA) participent de façon active dans les actions de plaidoyer pour le respect des droits des personnes en situation de handicap et à mobilité réduite, tel est l’objectif premier de ce concours “transporteurs amis des PSH et des PMR”. Une façon pour les initiateurs de permettre une synergie desdites actions. Un moyen également de rechercher des partenaires pour améliorer le système de transport public.

Concours. Des « taxis-be » de la capitale seront considérés comme des échantillons. Ils feront l’objet d’observation durant dix jours à compter du 27 novembre. Les membres de l’équipage des « taxis-be » des coopératives de l’UCTU, de l’UVTS et de la FMA ainsi que les propriétaires des véhicules de transports seront, à cet effet, évaluer sur les comportements adoptés envers les personnes en situation de handicap et à mobilité réduite durant le délai imparti de deux mois. Pendant cette période, ceux qui feront preuve de changement de comportement seront recompensés en fonction de leur degré d’implication. Par ailleurs, la proclamation officielle des résultats est prévue se dérouler avec la clôture officielle du projet LAMINA. L’amélioration du système des transports publics est une priorité étant donné que l’on parle de la vie des populations. Une amélioration qui engage en premier lieu les responsables des ministères, des coopératives et surtout les propriétaires des véhicules.

José Belalahy