Education pour la sécurité routière aux écoles : une évaluation d’impact de projet basée sur l’analyse des comportements des enfants

Durant ses 20 ans d’activité sur la route, la mobilité et le transport, l’ONG Lalana a mené plusieurs activités de sensibilisation sur la sécurité routière à Madagascar. Face à la réalité de plus en plus dangereuse dans les routes malagasy, où le nombre de véhicules ne cesse d’augmenter et les piétons deviennent encore plus vulnérables, Lalana se décide à poursuivre les activités de sensibilisation sur la sécurité routière par l’élaboration et la mise en œuvre du Projet ALFA (Aro Loza @ Fifamoivoizana An-tsekoly), au cours de l’année scolaire 2017-2018. Avec financement de l’ONG Transaid, notre partenaire de longue durée, ce projet d’éducation et de sensibilisation à la sécurité routière a été élaboré particulièrement pour les jeunes écoliers des écoles primaires publiques (EPP) afin de les aider lors de leurs trajets pour l’école. Un an après la mise-en-œuvre du projet, l’équipe est revenue sur terrain pour évaluer l’impact de l’approche, en collaboration avec une équipe de chercheurs de la Research Unit in Traffic Psychology de l’Università Cattolica del Sacro Cuore di Milano (UCSC), en Italie.

Situation actuelle à Madagascar

La sécurité routière est devenue un grave problème de santé publique, d’urgence et de dimension mondiale. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que les décès sur la route représentent aujourd’hui la 8ème cause de mortalité globalement et la première cause de mortalité pour les enfants et jeunes adultes entre 5 et 29 ans. A Madagascar, la situation est grave et les accidents routiers ont aujourd’hui une place régulière dans la première page des journaux quotidiens. Les chiffres plus récents de l’OMS estiment que 47% des décès sur les routes malagasy sont des piétons. Même pendant les 4 mois de confinement et la restriction de la circulation depuis le 20 mars 2020, les accidents ont toujours eu lieu.

La population de Madagascar est très jeune, avec 40% entre 0 et 14 ans, et les enfants allant à pied à l’école sont une population particulièrement vulnérable : selon les résultats de l’enquête réalisée en 2019 par Lalana auprès de 1150 élèves d’écoles primaires publiques dans les villes d’Antananarivo, Antsirabe et le long de la RN7, 95% des écoliers malagasy vont à pied à l’école et rentrent à pied chez eux, souvent avec la responsabilité d’accompagner aussi leurs cadets dans des trajets dangereux par des routes congestionnées, ayant besoin de maintenance et par des trottoirs occupées par des voitures et d’autres encombrements. Ce n’est pas donc une surprise que nos données montrent aussi que 20% des élèves enquêtées ont déjà fait un accident routier en tant que piétons.

L’éducation routière est un instrument à notre disposition pour donner aux enfants des connaissances qui puissent les aider à arriver à l’école en sécurité. Cependant, l’évaluation de l’impact des actions dans ce thème n’est pas évidente. C’est facile de constater le nombre d’écoles, enseignants et élèves sensibilisés, et même de réaliser des tests de théorie pour vérifier les connaissances acquises, mais comment être sûr que les enfants sont capables d’appliquer ces connaissances en situation réelle ?

Evaluation des actions de sensibilisation menées au cours du Projet ALFA

Afin de répondre à cette question, Lalana a décidé de collaborer avec la Research Unit in Traffic Psychology de l’Università Cattolica del Sacro Cuore di Milano (UCSC), en Italie, pour mener une étude d’évaluation d’impact du Projet ALFA (Aro Loza amin’ny Fifamoivoizana An-tsekoly), mis en œuvre au cours de l’année scolaire 2017-2018 avec financement de l’ONG Transaid, un des partenaires de longue durée de Lalana. Les réalisations immédiates de ce projet ont été largement positives et ont répondu au plan de travail établi initialement :

  • 25 Directeurs et enseignants ont été formés sur la conduite de la sensibilisation sur la sécurité routière ;
  • 6 écoles ont été dotées d’un lot de matériels pour la réalisation de séances de sensibilisation ;
  • 764 élèves ont été sensibilisés et 42 élèves primés ;
  • Un livret guide de sensibilisation a été élaboré en version française et malagasy ;
  • 578 diffusions de spot radio de sensibilisation ont été réalisées ;
  • 13 panneaux de signalisation et 8 passages zébrés ont été mis en place.

Dans ce contexte, l’objectif était maintenant d’évaluer l’impact du projet ALFA sur le comportement des piétons (les enfants des écoles qui ont bénéficié du projet ALFA) et utiliser les résultats de l’évaluation pour améliorer les techniques de sensibilisation sur la sécurité routière déjà développées par Lalana.

Les investigateurs en psychologie du trafic routier de l’UCSC Milan ont développé une méthodologie d’enquête basée sur d’autres expériences en Afrique et en Europe. Neuf scenarios (photos) de traversée de route dans le contexte Malagasy ont été montrés aux étudiants en ordre aléatoire. Ces scénarios représentent des situations de traversée de route de complexité diverse. Les enfants doivent considérer qu’ils se trouvent dans la perspective de la personne qui a pris la photo et qu’ils veulent traverser la route. Ils doivent donc indiquer à l’enquêteur les zones de la photo où ils regardent dans les trois moments qui précèdent la traversée : premier regard, deuxième regard et troisième regard (voir Photo 1 comme exemple d’un scenario divisé en zones d’intérêt).

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Figure 1 : Une des photos utilisées dans la recherche, avec encadrement des zones d’intérêt

Les données de deux échantillons (250 enfants de 5 EPP qui ont participé au projet ALFA et 300 enfants de 6 EPP d’Antananarivo qui n’ont pas participé au projet) ont été analysés pour tester l’efficacité du projet dans le renforcement des capacités des enfants pour traverser la route en sécurité.

Résultats de l’évaluation

Les résultats de cette évaluation ont été positifs, mais mixtes. D’un côté, la comparaison des réponses correctes données par les élèves des deux échantillons montre que le nombre d’élèves capables d’appliquer les règles de traversée correctement face aux différents scenarios de traversée de route (« Regarder à gauche puis à droite, et encore à gauche une fois avant de traverser ») est en moyenne 20% plus élevé dans les EPP qui ont participé au Projet ALFA, une différence statistiquement significative. Dans les EPP qui n’ont pas participé au projet, uniquement 7% des élèves appliquent ces règles correctement. D’un autre côté, le pourcentage d’enfants dans les EPP qui ont participé au projet qui appliquent les règles de la traversée de route correctement est assez bas, à 31%. On attendait aussi que les enfants des EPP qui ont participé au projet auraient une meilleure capacité de déplacer leur regard à l’interne de chaque scenario, de façon à identifier plusieurs risques potentiels, ce que nous n’avons pas pu confirmer.

En plus, notre approche était basée sur la formation en cascade des enseignants ; les animateurs et formateurs de Lalana ont formé et appuyé un petit groupe d’enseignants dans chaque école, qui devraient ultérieurement former leurs pairs pour que les activités de sensibilisation deviennent partie du curriculum pour tous les élèves. Cependant, presque la totalité des élèves qui ont correctement utilisé les règles de la traversée de la route dans les EPP qui ont participé au Projet ALFA sont des enfants de 9 ans ou plus, ce qui rend probable qu’ils ont bénéficié directement des actions de sensibilisation des animateurs de Lalana. Ces résultats montrent que la formation des enseignants par leurs pairs dans ce domaine n’est pas encore une pratique bien établie.

Le rapport de l’évaluation est disponible en français et anglais dans le site de l’ONG Lalana, pour une lecture plus approfondie des résultats et conclusions.

Conclusion

Lalana a donc retenu que le projet ALFA a eu des impacts positifs et que l’approche utilisée peu quand-même être améliorée pour des activités futures dans le domaine de l’éducation pour la sécurité routière. Cette expérience d’évaluation d’impact a utilisé des méthodologies innovatrices, de bas coût et utilisation facile qui pourront être adaptées aux actions futures, de façon à évaluer plusieurs compétences et comportements des enfants en tant que piétons.

Dans le cadre de cette évaluation, Lalana a eu aussi l’opportunité de conduire une enquête auprès de 1150 élèves des EPP des villes d’Antananarivo, Antsirabe et au long de la RN7, dont les résultats préliminaires sont aussi présentés dans le rapport d’évaluation. Une analyse plus approfondie des résultats de cette enquête sera présentée dans une publication postérieure, qui servira à mieux comprendre les comportements des enfants malagasy en tant que piétons, dans le but d’améliorer les techniques de sensibilisation pour continuer les actions de Lalana dans ce domaine prioritaire pour la santé publique à Madagascar.

Ana Luisa SILVA, membre de l’ONG Lalana et candidate au doctorat en Etudes de Développement à l’Université de Lisbonne, Portugal

 

Midi Madagasikara / Bilan du confinement : 89 accidents de circulation en 4 mois dont 26 morts

http://www.midi-madagasikara.mg/a-la-une/2020/07/29/bilan-du-confinement-89-accidents-de-circulation-en-4-mois-dont-26-morts/

On dirait que la brigade des accidents (BAC) de la police nationale au commissariat central de Tsaralalàna a beaucoup travaillé durant les quatre mois de confinement dans la Capitale. Hier, ce service a publié le bilan de ses interventions depuis le 23 mars jusqu’au 26 juillet. Durant cette période, les statistiques font état de 89 accidents de la circulation (motos, bicyclettes, et tous véhicules confondus). Il a été dénombré que 22 étaient mortels avec 26 morts et 67 accidents corporels. Pour ces derniers, 48 conducteurs, 21 passagers, et 30 piétons ont été blessés. Représentant environ une moyenne de 22 cas par mois, ces chiffres sont impressionnants si l’on se réfère au contexte qui a prévalu durant cette période où l’on a assisté à la restriction de la circulation sur presque tous les axes de la Capitale. Les usagers de routes auraient profité de cette situation pour ne pas respecter le code de la route car, dans la plupart des cas, l’imprudence des conducteurs et le non-respect du code de la route étaient à l’origine de ces drames. Imprudence car les statistiques mettent en évidence l’existence de 27 cas d’accidents causés par la conduite en état d’ivresse et qui ont blessé quatre piétons dont deux ont succombé à leurs blessures, huit chauffards et trois passagers. Le cas de problème technique est également évoqué mais cela ne devrait pas constituer une raison valable car les services de visite technique existant dans la Capitale n’ont pas fermé leurs portes pendant cette période. Les statistiques révèlent également le cas de ces six voitures administratives accidentées. La publication de ce bilan devrait éveiller l’attention des conducteurs, ainsi que celle du grand public.

T.M. – Midi Madagasikara

Midi Madagasikara du 9 juillet 2020 / Transport : Peu de taxis acceptent la destination Andohatapenaka

http://www.midi-madagasikara.mg/societe/2020/07/09/transport-peu-de-taxis-acceptent-la-destination-andohatapenaka/

Les taxis doivent obligatoirement être désinfectés régulièrement. Depuis le reconfinement, lundi dernier, les véhicules assurant les services de taxi-ville doivent passer par les agents en charge de la désinfection. Hier, en particulier, les taxis étaient nombreux à devoir faire la queue à Ambohijatovo et ailleurs. Ce qui a eu pour effet de former de longues files le long des trottoirs, notamment à Ambohijatovo.

Les taxi-ville se plaignent cependant de ne pas trouver suffisamment de clients. « Même si les taxis sont les seuls transports disponibles en l’absence des taxis-be actuellement à l’arrêt, nous n’avons pas suffisamment de clients. Les gens croient que les prix sont à la hausse, or il n’en est rien, bien au contraire », se défendent les chauffeurs de taxi. Force est, cependant, de constater que la grande majorité des taxis refusent de transporter des clients dès qu’il s’agit de transporter des malades vers le village Voara Andohatapenaka, alors que le taxi est le seul moyen de transport autorisé au-delà de 14h. D’après les clients, à l’annonce de la destination Andohatapenaka, les taxis renoncent par peur de contamination.

Hanitra R. – Midi Madagasikara

Madagascar Tribune du 8 juillet 2020 / Crainte de contamination des chauffeurs de taxi

https://www.madagascar-tribune.com/Crainte-de-contamination-des-chauffeurs-de-taxi.html

Le ministre des Transports, Joël Randriamandranto, a annoncé dimanche dernier que les taxis sont les seuls moyens de transport autorisés à circuler au-delà de 14 heures pour assurer les services d’urgence et les transports des malades. Pourtant, au-delà de 14 heures, rares sont les taxis qui continuer de travailler. La majorité des chauffeurs de taxi craignent une éventuelle contagion, surtout s’ils devaient avoir à leur bord, une personne contaminée.

« Pour ne pas contaminer ma famille, je préfère rentrer tôt. Ainsi, je pourrais éviter de transporter des malades du coronavirus. Certes, ma voiture est désinfectée tous les jours mais avec la recrudescence des cas, je ne suis pas à l’abri de toute contamination même si je respecte les gestes barrières. Les malades devraient plutôt appeler l’ambulance », lance Jean-Luc, chauffeur de taxi.

« Je ne me sens pas en sécurité car je ne peux pas discerner qui est porteur du virus ou non. Si le nombre de contamination continue de monter jusqu’à vendredi, je préfère rester chez moi au lieu de prendre des risques. J’éviterai ainsi d’être contaminé et de contaminer ma femme et mes enfants », affirme un autre taximan.

La Commune urbaine d’Antananarivo (CUA) a annoncé, hier, dans un communiqué la désinfection quotidienne obligatoire des taxi-villes. Les chauffeurs de taxi bénéficieront également de gel désinfectant et de masques. gratuits.

Fano Rsaolo – Madagascar Tribune

Madagascar Tribune du 7 juillet 2020 / Difficile reconfinement malgré des mesures plus strictes

https://www.madagascar-tribune.com/Difficile-reconfinement-malgre-des-mesures-plus-strictes.html

Premier jour du reconfinement et constat amer pour les partisans du confinement. Hier, piétons, deux roues et voitures envahissaient encore les rues d’Antananarivo dans la matinée notamment au niveau des quartiers populeux tels Analakely, la Petite Vitesse, Tsaralalana, Behoririka, Antanimena, Manjakaray, Andravoahangy, Anosibe, Namontana, Mahamasina, les 67 Ha, Ambodin’Isotry, Ankazomanga, Ampasika, Itaosy, Tanjombato, Andoharanofotsy.

Au petit matin, des employés du secteur privé rejoignaient à pied leurs lieux de travail, faute de transports en commun. Ils souhaitaient s’informer sur les dispositions prises par leur société malgré l’annonce de l’arrêt des activités dans les secteurs non-essentiels. « J’ai dû me lever très tôt pour effectuer à pied mon trajet d’Andavamamba à Andraharo », explique Voahirana, mère de famille travaillant dans une zone franche d’Andraharo.

La circulation étant interdite après 14 heures, la Police nationale a indiqué que les voitures qui circulaient encore dans la région Analamanga après 14 heures ont été verbalisées. Hier, soixante-dix-huit (78) personnes contrevenantes aux gestes barrières ont effectué des travaux d’Intérêt général, et dix-sept (17) marchands sanctionnés pendant la matinée », rapporte la Police Nationale.

Des pick-up, des tanks, des militaires, allaient et venaient dans les artères de la Capitale. Les forces de l’ordre s’introduisaient dans les ruelles et essaient tant bien que mal de sensibiliser les gens à rentrer chez eux, notamment vers l’après-midi. Une tâche difficile pour ces militaires qui peinaient à imposer le confinement. En effet dans un pays où une grande partie de la population vit au jour le jour, l’application des mesures de confinement reste difficile, voire impossible, d’autant plus sans stratégie d’accompagnement concrète pour les familles qui vivent dans la précarité.

Fano Rasolo – Madagascar Tribune